01 La séquence de départ : GHRH(1-44)
La GHRH humaine, isolée au début des années 1980, est un peptide de 44 acides aminés amidé en C-terminal. La tesamoreline en conserve chaque résidu, dans le même ordre :
Seule l’extrémité N-terminale diffère. Sur la tyrosine en position 1, les chimistes de Theratechnologies ont greffé un groupement trans-3-hexénoyle, c’est-à-dire une chaîne de six carbones portant une double liaison en position 3. La notice américaine décrit la molécule exactement en ces termes : la séquence de 44 acides aminés de la GRF humaine, plus un groupement hexénoyle fixé sur la tyrosine N-terminale.
02 Pourquoi ce groupement compte
La GHRH naturelle est fragile. La dipeptidyl peptidase 4 (DPP-4), présente dans le plasma et à la surface de nombreuses cellules, coupe les deux premiers acides aminés (Tyr-Ala) et produit un fragment GHRH(3-44) quasiment inactif. Dans le sang humain, l’hormone native disparaît ainsi en quelques minutes.
En bloquant l’amine N-terminale, le groupement hexénoyle empêche la DPP-4 de reconnaître son substrat. L’étude non clinique publiée en 2007 par l’équipe de Theratechnologies (Ferdinandi et al.) a montré que TH9507 résiste à cette enzyme, se dégrade plus lentement dans le plasma de rat, de chien et d’humain, et prolonge l’élimination du peptide immunoréactif. Chez le chien, la demi-vie apparente d’élimination allait de 21 à 45 minutes.
Ce gain reste modeste à l’échelle d’un médicament : la tesamoreline n’est pas un analogue « longue durée ». Elle s’élimine en quelques dizaines de minutes au plus, ce qui explique l’injection quotidienne dans tous les essais. C’est une différence majeure avec le CJC-1295 à DAC, conçu pour se lier à l’albumine (voir notre comparatif).
03 Fiche d’identité chimique
| Paramètre | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Dénomination | tesamoreline (tesamorelin), TH9507 | littérature |
| Nature | analogue synthétique de la GHRH humaine (1-44) amidée | notice FDA |
| Modification | trans-3-hexénoyle sur Tyr¹ | notice FDA, Ferdinandi 2007 |
| Formule brute (sel d’acétate) | C₂₂₁H₃₆₆N₇₂O₆₇S · x C₂H₄O₂ (x ≈ 7) | notice FDA |
| Masse moléculaire | 5 135,9 Da (base libre) | notice FDA |
| Numéro CAS indiqué par le distributeur | 901758-57-6 (forme acétate) | fiche Peptides EU |
| Forme fournie | poudre lyophilisée blanche, flacon scellé | fiches distributeurs |
| Pureté annoncée | ≥ 99 % (HPLC) | fiches distributeurs |
Un seul atome de soufre figure dans la formule : il appartient à la méthionine en position 27, le résidu le plus sensible à l’oxydation. C’est l’une des raisons pour lesquelles on évite l’air et la lumière lors de la conservation (voir la page conservation).
04 Ce que la structure permet de prévoir
- Une affinité proche de l’hormone native. Toute la séquence de liaison au récepteur est conservée, la molécule agit donc comme un agoniste complet du récepteur GHRH-R.
- Une immunogénicité possible. Un peptide de 44 résidus injecté chaque jour peut susciter des anticorps. C’est bien ce qu’ont observé les essais : environ la moitié des patients en ont développé (voir effets indésirables).
- Une biodisponibilité faible par voie sous-cutanée. La notice indique moins de 4 % chez l’adulte sain pour une dose de 2 mg. Toutes les études cliniques ont utilisé la voie sous-cutanée.
- Une solubilité aqueuse correcte. Le peptide est riche en résidus chargés (arginine, lysine, acide aspartique, acide glutamique), ce qui facilite la reconstitution dans l’eau.
05 Contrôle analytique d’un flacon de recherche
Pour un laboratoire, la structure dicte les contrôles à demander : une chromatographie HPLC pour la pureté, une spectrométrie de masse pour vérifier la masse attendue (autour de 5 136 Da pour la base libre), et, lorsque le flacon sert à des cultures cellulaires, un dosage des endotoxines. Chez Peptides EU, la fiche technique de la tesamoreline lyophilisée en flacons de 2 à 20 mg publie trois rapports Janoshik établis sur un flacon de 10 mg : pureté, endotoxines et stérilité.